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La Noble Dame Xin Zhui de Dai reconstituée au Musée de Changsha.


Les tombeaux des Han à Mawangdui

Ils se trouvent dans le canton Mawangdui de la zone Wurong de Changsha. Ils comprennent, au total, trois tombeaux où ont été enterrés le chancelier, son épouse et son fils.
Tombeau nº 1
Le 16 janvier 1972, les archéologues ont excavé le tombeau nº 1. Ce tombeau, de seize mètres de profondeur, recèle une grande quantité d’objets funéraires. La dépouille d’une femme de la dynastie des Han, enterrée depuis plus de 2 100 ans et bien conservée, a été déterrée de ce tombeau.
Elle avait conservé ses cheveux, ses cils et sa peau était souple.
Les articulations pouvaient se plier. Ils parvinrent même à l'asseoir sans provoquer aucun dégât.
La marquise était vêtue de plusieurs robes de soie d'une finesse incroyable, la dernière d'entre elles ne pesant pas plus de trente grammes !
Suivant l'un des médecins qui avait été convoqué dès l'annonce de la découverte de ce corps qui ne ressemblait nullement à une momie "Elle semblait avoir été inhumée depuis peu".
Or on estime que cette inhumation eut lieu en 194 avant notre ère, les textes dans ce cas recoupant les constatations scientifiques.
Le corps flottait dans un liquide qui s'évacua lors de l'ouverture de ce dernier cercueil.
La découverte par elle même était donc extraordinaire ne serait-ce que par la conservation exceptionnelle du corps de la défunte.
Une autopsie effectuée ultérieurement et filmée démontra que tous les organes et viscères, y compris le cerveau, avaient été également préservés et étaient en excellent état.
Le fameux vêtement en lin léger, de 1,6 mètre de long et pesant 49 grammes seulement a été découvert dans ce tombeau.


Une robe se soie pesant moins de trente grammes et qui tient dans un poing fermé

Les objets funéraires des tombeaux nº 1 et nº 3 sont fort nombreux, dont des cloches, des trépieds, des pots, des boîtes, des plateaux, des tasses, des statuettes en bois, des paravents.

Tombeau nº 3
Dans le tombeau nº 3, on a découvert les ouvrages sur l’astronomie les plus anciens du monde, et ceux qui sont les plus anciens de Chine sur la médecine.  Par ailleurs, on y a trouvé aussi la carte topographique du Sud de l’État de Changsha et la carte de la répartition des troupes en garnison parmi les tableaux de soie.

Bannière
Il y avait la fameuse bannière qui recouvrait le dernier cercueil.
Celle-ci était en soie et représentait le voyage de la Duchesse après sa mort jusqu'à son élévation au plus haut niveau, donc au rang d'immortelle.

Cette bannière très symbolique reprenait les motifs essentiels de la cosmogonie chinoise classique, avec, tout en haut la lune et le soleil et qui représentaient la dualité/complémentarité du Yin/yang mais aussi l'Illumination (Ming).

Cette bannière symbolisait également la vision énergétique de l'être humain avec ses différentes parties, ou contrées, et les principaux "points de contrôle" utilisés dans les pratiques énergétiques comme le Daoyin.


  Détail de la Bannière                                  Bannière funéraire de Mawangdui

     
   
                                le travail des artisans laqueurs de la province 



Bibliothèque

Non loin du triple cercueil se trouvait disposé, dans une chambre, la bibliothèque choisie par la Duchesse et dénotant une grande érudition ou, tout au moins, le souci d'un choix très particulier et très éclectique.

Cette bibliothèque consistait principalement en rouleaux manuscrits (Boshu).
L'un de ces rouleaux (Daoyin Tu Boshu) présentait la pratique du Daoyin, donc de la "gymnastique" taoïste telle qu'elle était pratiquée au second siècle avant notre ère.
Une quarantaine de personnages, hommes et femmes de tous âges, y sont représentés dans des postures diverses avec pour bon nombre d'entre-elles un son et un organe ou un viscère correspondant à la pratique concernée.

Quelques personnages pratiquent avec un bâton long, ce qui atteste que l'Art du Bâton était connu bien avant l'arrivée de Bodhidharma à Shaolin et que cet art était inclu dans les pratiques médicales.

Il s'agit bien évidement là d'un témoignage essentiel sur ces pratiques que l'on nomme aujourd'hui "Qigong" et qui, alors, faisaient partie intégrante de la médecine classique.
Celle-ci utilisait donc le principe de prévention il y a plus de 2000 ans.



Mais la Duchesse ne s'intéressait pas uniquement à la gymnastique "respiratoire et mécaniste" comme la définissent parfois nos sinologues patentés.

La liste de tous les ouvrages serait fastidieuse et presque redondante mais parmi les rouleaux il y avait deux versions du Daodejing de Laozi (Tao Te King de Lao Tseu), le fameux "Traité de la Voie et de sa Vertu".
Qu'on devrait d'ailleurs traduire plus simplement par "Traité de l'Efficacité de la Voie", vertu (De) représentant simplement l'efficience, ce qui rend efficace, l'action et non une quelconque relation à la moralité.
Comme les plantes médicinales possèdent une vertu particulière à chacune.

Également une version du Yijing ou Yi King (I Tching) le "Traité des Mutations" avec de nombreux commentaires démontrant déjà qu'il ne s'agissait pas d'un simple ouvrage de chiromancie ou de divination mais d'une oeuvre essentielle à la compréhension des phénomènes.
Également plusieurs ouvrages de tendance taoïste dont le Huang Lao et le Yun Kai Jing, un traité très particulier sur les nuages. Traité qui évidemment n'a pas été traduit.

Un traité sur les "Miscellanées du climat et de l'astronomie", un traité sur "l'observation des Cinq Étoiles" et le "Livre de Soie" qui est probablement la première étude raisonnée sur les comètes et qui décrit précisément, illustrations à l'appui, plusieurs d'entre-elles.
Un traité concernant la morphopsychologie des chevaux, donc l'étude de leur caractère en fonction de leurs particularités physiques.

Un traité concernant la topographie de la Chine du Sud et de l'État de Shangsha
Un traité de la chambre à coucher décrivant de nombreuses pratiques énergétiques mais dans un contexte très poétique.

Plusieurs ouvrages médicaux comprenant le "Guide de la palpation des pouls" ; les "Recettes pour 52 maladies" ; un "Codex de pharmacie" décrivant les effets de nombreuses plantes et substances minérales.

Un "traité de stratégie des Royaumes Combattants" (Zhan Guo Ce) ainsi que plusieurs ouvrages sur les travaux socio économico politiques de Gan De et de Shi Shen.
Et bien évidemment un "Livre des Rites" (Liji) comportant une importante section sur les "Prescriptions Mensuelles" (Yue Ling) dans la version la plus complète connue à ce jour.

Tissus divers, objets laqués, des bronzes, des instruments de musique et des figurines.
 
Mais la Duchesse ne s'est pas contentée de demander à son intendant de présenter des ouvrages.

Dans une autre chambre étaient regroupés des objets dont 1400 tissus divers, de très nombreux objets laqués, des bronzes, des instruments de musique, dont un Sheng, orgue à bouche à 22 tuyaux, et un orchestre au grand complet composé de 162 figurines de bois peint.

Coffret en bois précieux
Un coffret en bois précieux comportait la mention "corne de rhinocéros", lorsqu'il fut ouvert les savants présents constatèrent, c'est dans le rapport de la fouille, que la corne de rhinocéros tant convoitée était une reproduction en bois.
Avec un mot de l'intendant à la destination de celui qui ouvrirait cette boite : "La Duchesse m'a demandé de remplacer la corne de rhinocéros par une copie en bois car elle trouve inconvenant qu'on tue un aussi noble animal pour soigner des maladies vulgaires".
Lorsque l'on sait que l'indication de la corne de rhinocéros ne concerne que les troubles de l'érection on comprend alors le petit mot, et probablement, le mépris de la Duchesse teinté d'un certain humour condescendant.

La Duchesse de Dai s'intéressait à de nombreux sujets et à l'écologie, ou du moins aux sciences de la nature et de sa protection, suivant de par ce fait les règles des "Prescriptions Mensuelles" qui sont bien en avance sur ce qui est appliqué de nos jours dans la protection de l'environnement et ceci particulièrement en Chine !

Le nombre et la valeur des objets funéraires des tombeaux des Han de Mawangdui ont fait sensation dans le monde, leur renommée peut se comparer à celle des statues et chevaux en terre cuite de l’empereur Shihuangdi des Qin. Dans le musée provincial du Hunan, situé au 3, rue Dongfeng à Changsha, sont exposés la dépouille de cette femme et les objets funéraires de ces tombeaux.

Humanisme et Bienveillance
Difficile d'admettre que la Dame Xinzhui (Zin Hui), bien que faisant partie d'une très haute noblesse, avait, malgré sa charge et sa fonction d'épouse d'un premier ministre, conservé une rectitude exceptionnelle et une élévation d'esprit qui l'honore plus de deux millénaires après son décès.

Il s'agit d'une personne vraisemblablement très humaniste, et plus que cela encore, bienveillante envers ses semblables, qui ne l'étaient pas puisque appartenant pourtant à des classes sociales bien inférieures à la sienne, mais également envers l'environnement, les animaux, la nature et qui tournait son regard vers le cosmos puisque s'intéressant aux étoiles, plusieurs notes de sa main dans l'ouvrage sur l'astronomie en attestent.

Cette Bienveillance (Ren) ou "humanité" est l'une des clés essentielles du Taoïsme puisque laozi (Lao Tseu) lui même énonce au chapitre XXXVIII (38) du Daodejing (Tao Te King) :
Après la perte du Tao (Tao) vient l'Efficience (ou Vertu) (De)
Après la perte de la Vertu vient la bienveillance (ou "humanité") (Ren)
Après la perte de la Bienveillance vient la Justice (Yi)
Après la perte de la Justice vient la Bienséance (politesse) (Li)


Les brutes en blouse blanche
La rectitude (Yi ou Zheng Yi) se doit nécessairement d'être accompagnée de cette bienveillance, ce qui est le cas de la Duchesse de Dai mais pas nécessairement des scientifiques qui se sont permis de la disséquer au nom de la science alors qu'il savaient fort bien l'effort incroyable qui avait été consenti pour la conserver dans son intégrité.
Et rien dans le contexte qui est celui de la Duchesse ne justifie ce crime.

Donc cette inhumanité exercée au nom de la science qui, alors, peut être jugée comme une science totalitaire.
Aller à l'encontre de ce que la Chine a de plus élevé dans ce patrimoine culturel et spirituel désormais mondial n'est pas faire preuve de sagesse ni de clairvoyance.
Mais démontre la brutalité de cette science qui se prétend humaniste mais ne respecte pas la personne humaine dans ce quelle a de plus sacré et de plus élevé.
Donc qui ne respecte pas la simple bienséance.

Et qui est donc bien loin du Tao.